Cadeau : d’où vient la tradition d’offrir une tirelire ?

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Cadeau : d’où vient la tradition d’offrir une tirelire ?

Offrir une tirelire ? Un choix qui relève de traditions bien ancrées.

Mais quelle est la signification de cet objet ? Quel message allez-vous délivrer en offrant un tel cadeau ?
Faut-il y voir seulement un jeu avec le temps et la glorification de l’épargne sagement accumulée ?
Pas seulement. En réalité, l’objet tirelire est un monde en soi.

La monnaie est associée dès le début à la vie elle-même.

Il semblerait que la tirelire ait été inventée dès le départ pour devoir être cassée.

La tirelire a été liée à l’idée de monnaie avant même d’être associée à l’idée de l’échange, de l’accumulation, ce qui peut paraître paradoxal.

Les historiens de la monnaie sont plus des anthropologues que des économistes ; ils ont déduit de leurs recherches que l’idée selon laquelle la monnaie a été inventée pour faciliter le troc était une fable et ont démontré qu’au départ, la monnaie était une “paléo-monnaie”.

Sa fonction était d’abord celle de faire “lien” entre les hommes. La définition même d’un symbole. Un symbole qui était dans les sociétés archaïques un bien précieux et qui valait “une vie” !

Les pièces étaient une sorte de “gage  par lequel les donneurs de biens s’engageaient à rendre une vie pour celle qu’ils avaient prise à un autre groupe”. Il y avait ainsi un “prix de la fiancée” (don d’une femme porteuse de vie donnée en mariage) ou un “prix du sang” (pour compenser la mort qu’on avait infligée lors d’un combat).

Ces paléo-monnaies servaient d’abord à tisser des liens ou à les dénouer. On conçoit que le symbole en question avait besoin d’être protégé mais aussi que le récipient qui le préservait avait en soi une valeur importante.

 

La tirelire faite pour être brisée dès son origine.

La monnaie métallique telle que nous la connaissons apparaît plus tard. On la date du VIIe siècle avant Jésus-Christ et on estime que la première tirelire est d’origine grecque. 

Les historiens précisent que cette monnaie ne va pas “détruire” les paléo-monnaies anciennes mais va les “recouvrir”, c’est-à-dire qu’elle va devenir l’outil central de l’économie et des échanges et ainsi conserver une grande partie de sa charge symbolique et affective.

Les pièces de monnaie des Grecs sont alors conservées dans un “thesaurus” en terre cuite représentant un temple. Un temple, souvent un lieu sacré.

Peu à peu la monnaie devient consubstantielle à l’échange et s’associe à l’idée d’accumulation et d’épargne.

Et il arrive un moment où le résultat de ce qui a été accumulé fait événement. C’est alors que l’on casse la tirelire. 

À Rome, les épargnants romains enferment ainsi leurs économies dans des cassettes, des coffres, des bourses, des récipients à casser et produits par des potiers.

 

 

 

Au Moyen-Age les systèmes de fermeture apparaissent.

Les tirelires du Moyen-Age et de la Renaissance sont peu nombreuses ; les pièces créées à cette époque sont des tirelires métalliques équipées de systèmes de fermeture complexes, les cassettes sont parfois en cuir ou en bois.

Pendant la Réforme, l’Europe voit naître les premières tirelires en céramique imitant les porcelaines d’Extrême Orient et créant des pièces sphériques ornées de décors bleutés.

Au XVIIIe siècle, on découvre la porcelaine, les autres matériaux s’ennoblissent. Le fer forgé est repoussé, laqué et rehaussé de métal doré, les bois utilisés sont plus précieux (ébène, noyer, palissandre…), le bronze, l’argent, l’ivoire ainsi que les céramiques polychromes sont alors souvent utilisés.

Ces objets appartiennent encore à la bourgeoisie mais à partir de 1840, grâce à la Révolution Industrielle, ceux-ci se démocratisent. Dans les classes les plus simples on trouve des tirelires en terre cuite émaillée ou peinte, œuvres de potiers de campagne. Les formes simples (sphériques ou piriformes) évoluent pour devenir plus recherchées.

Pendant des siècles les tirelires en céramique ou en poterie ont représenté un buste, symbole de fécondité. Ces pièces de forme sphérique, posées parfois sur un piédouche et coiffées d’un bouton ou d’une pointe se rencontrent encore. D’autres modèles s’inspiraient aussi des bourses, porte-monnaie, troncs, barils ou coffres. Ces objets étaient peu coûteux et faciles à réaliser.

À cette même époque du XVIIIe siècle apparaissent les premières tirelire à figures animales, tirant leur origine de l’artisanat rural. Le paysan préfère un objet inspiré de son propre environnement. À la campagne la possession d’animaux est en effet synonyme d’aisance et bien que chaque pays ait ses formes et ses symboles favoris, le cochon se rencontre partout.

Les cochons tirelires surgissent dans toute l’Europe. Dans certains pays, notamment aux Pays-Bas et dans le monde germanophone, il est de coutume de donner des tirelires en forme de cochon comme cadeau parce que les ces animaux sont associés à la chance et à la bonne fortune.

 

Pourquoi cette forme?

Selon certaines études la tirelire en forme de cochon aurait deux origines parallèles. 

Elle aurait été inventée à la fois par les Chinois pour qui le porc est synonyme de richesse mais aussi par les Anglais. Pour ces derniers, le mot “pygg” désignait une sorte d’argile dans laquelle on cuisait des objets. La proximité avec le mot “pig” désignant le cochon, animal sympathique, a donné naissance à cette tradition des “piggy banks”, ces objets dans lesquels on conserve son épargne.

Les “piggy banks” auraient désigné également les cochons eux-mêmes, dans la mesure où ils étaient de véritables “banques sur pattes”. En effet, il fallait les nourrir (comme on le fait avec des petites pièces) afin d’en retirer, une fois le cochon tué et vendu, le “retour sur son investissement”.

On le voit, il y a là un lien naturel vers la tirelire utilisée comme pédagogie de la bonne gestion. Très vite, celle-ci est donc considérée comme un jouet éducatif destiné à développer le sens de l’économie et de l’épargne aux enfants.

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Au XIXème siècle : l’âge d’or des tirelires.

Il est donc logique que la tirelire et toute sa symbolique économique se développe fortement au siècle de la révolution industrielle et économique.
Le XIX eme siècle est l’âge d’or des tirelires et les formes se diversifient: maisons, meubles, objets de la vie quotidienne, personnages et animaux exotiques

On va alors chercher d’autres évocations, toujours chez les animaux. L’ours, symbole de prévoyance, accumule de la graisse pour l’hiver. L’éléphant apporte puissance et richesse à son propriétaire

Au paradis des collectionneurs

Début XX eme siècle les tirelires deviennent des articles d’exportation ou on les achète comme souvenir de voyage. Elles comportent des scènes typiquement régionales (bretonnes, cornemuses, tête de marin,..) ou deviennent simplement publicitaires. Les grands événements, telle la guerre de 1914, inspirent aussi les créateurs. Dans les années 30 la bande dessinée envahit l’Europe. Onnaing et Desvres, entre-autre, s’inspirent de Walt-Disney.

A la moitié du siècle les tirelires s’inspirent de plus en plus des innovations industrielles : avions, paquebots, voitures, postes de TSF et de télévision. Ces objets sont fabriqués en grandes séries. Ainsi la tradition se maintient, car les prix sont abordables.

Résultat : on offre encore aujourd’hui des tirelires aux enfants.

La tradition se perpétue

La tirelire reste donc un objet à la symbolique forte.

Il ne s’agit pas au fond uniquement d’offrir quelque chose qui se situe entre le jeu et le plaisir de la collection. On offre en fait un objet qui vient du fond des âges et porte avec lui des symboles qui vont bien au-delà de ceux de la bonne fortune.

C’est la vie elle-même que l’on célèbre avec cet objet. La vie, l’échange et l’éducation au juste prix des choses. 


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