Cadeau : d’où vient la tradition d’offrir une tirelire ?
mardi 20 novembre 2018
Offrir une tirelire ? Cela relève de traditions bien installées.

Mais quelle est, au fond, la signification de cet objet ? Quel message allez-vous délivrer en offrant un tel cadeau ?
Faut-il y voir seulement un jeu avec le temps et la glorification de l’épargne sagement accumulée ?
Pas seulement. En réalité, l’objet tirelire est un monde en soi.

La monnaie est associée dès le début à la vie elle-même


Il semblerait bien que la tirelire ait été inventée dès le départ pour devoir être cassée.

Et que la tirelire soit associée à l’idée de monnaie, avant même d’être associée à l’idée de l’échange et d’accumulation, ce qui peut paraître paradoxal.

Les historiens de la monnaie les plus récents sont en effet plus des anthropologues que des économistes. Ils ont donc déduit de leurs recherches que l’idée selon laquelle la monnaie a été inventée pour faciliter le troc était une fable. Ils ont démontré qu'au début, la monnaie était une “paléo-monnaie”.

Sa fonction était d’abord celle de faire “lien” entre les hommes. La définition même d’un symbole. Un symbole qui était dans les société archaïques un bien précieux et qui …. valait “une vie” !

Les pièces étaient ainsi une sorte de “gage par lequel les donneurs de biens s'engagaient à rendre une vie pour celle qu'ils avaient prise à un autre groupe”. Il y avait ainsi un "prix de la fiancée" (don d'une femme porteuse de vie donnée en mariage) ou un "prix du sang" (pour compenser la mort qu'on avait infligée lors d’un combat).

Ces paléo-monnaies servaient donc d’abord à tisser des liens ou à les dénouer.


On conçoit donc que le symbole en question avait besoin d’être protégé. On conçoit aussi que le récipient qui le protégeait avait en soi une valeur importante.




La tirelire faite pour être cassée dès son origine


La monnaie métallique, telle que nous la connaissons, apparaît plus tard. On la date de 7 siècles avant Jésus-Christ et on estime que la première tirelire est d'origine grecque.

Mais les historiens précisent bien que cette monnaie ne va pas “détruire” les paléo-monnaies anciennes. Elles va plutôt les “recouvrir”, c’est-à-dire qu’elle va certes devenir l'outil central de l’économie et des échanges, mais elle va conserver une grande partie de leur charge symbolique et affective.

Les pièces des Grecs sont alors ainsi conservées dans un "thesaurus" en terre cuite représentant un temple. Un temple, ce n’est pas rien.

Et peu à peu, donc, la monnaie devient consubstantielle à l’échange et elle s’associe à l’idée d’accumulation et d’épargne.

Avec toujours cet enjeu très important : il arrive un moment où le résultat de ce qui a été accumulé fait événement. C’est alors qu’on casse la tirelire.

A Rome, les épargnants romains enferment ainsi leurs économies dans des cassettes, des coffres, des bourses, des récipients à casser et produits par des potiers.


Au Moyen-âge : les systèmes de fermeture apparaissent


Les tirelires du moyen âge et de la renaissance sont peu nombreuses. A cette époque sont créées des tirelires métalliques équipées de systèmes de fermeture complexes et les cassettes sont parfois en cuir ou en bois.

Pendant la réforme, l'Europe voit naître les premières tirelires en céramique imitant les porcelaines d'extrême orient et créant des pièces sphériques ornées de décors bleus.

Au XVIII ème siècle, on découvre la porcelaine et les autres matériaux s'ennoblissent. Le fer forgé est repoussé, laqué et rehaussé de métal doré, les bois utilisés sont plus précieux (ébène, noyer, palissandre,...), le bronze, l'argent, l'ivoire ainsi que les céramiques polychromes sont alors souvent utilisés.

Ces objets appartiennent encore à la bourgeoisie mais à partir de 1840, grâce à la révolution industrielle, ceux-ci se démocratisent. Chez les classes les moins aisées on trouve des tirelires en terre cuite émaillée ou peinte, oeuvres de potiers de campagne. Les formes simples (sphériques ou piriformes ) évoluent pour devenir plus recherchées.

Pendant des siècles les tirelires en céramique ou en poterie ont représenté un buste, symbole de fécondité. Ces pièces de forme sphérique, posées parfois sur un piedouche et coiffées d'un bouton ou d'une pointe se rencontrent encore. D'autres modèles s'inspiraient aussi des bourses, porte-monnaie, troncs, barils ou coffres. Ces objets étaient peu coûteux et faciles à réaliser.



A cette même époque du XVIII ème siècle apparaissent les premières figures animales, tirant leur origine de l'artisanat rural. Le paysan préfère un objet inspiré de son propre environnement. A la campagne la possession d'animaux est en effet synonyme d'aisance. Et, bien que chaque pays ait ses formes et ses symboles favoris, le cochon se rencontre partout.

Les cochons tirelires apparaissent en effet dans toute l'Europe. Dans certains pays, notamment aux Pays-Bas et dans le monde germanophone, il est de coutume de donner des tirelires comme cadeaux parce que les porcs sont associés à la chance et à la bonne fortune.


Pourquoi les tirelires aiment-elles autant les cochons ?


Selon certaines études, pourtant, la tirelire en forme de cochon aurait deux origines parallèles.

Elle aurait été inventée à la fois par les Chinois pour qui le porc est synonyme de richesse. Et, autour du même type de symbole, par les Anglais. Pour ceux-ci, le mot “pygg” désignait une sorte d’argile dans lequel on cuisait ces objets. La proximité avec mot “pig” désignant le cochon, animal sympathique et preuve, on l’a dit, d’une certaine aisance, a donné naissance à cette tradition des “piggy banks”, ces objets dans lesquels on conserve son épargne.

Selon une théorie intéressante, les “piggy banks” auraient désigné également les cochons eux-mêmes, dans la mesure où ils étaient de véritables ...“banques sur pattes”.

Qu’on en juge, en effet : il fallait en effet leur donner à manger, les nourrir (comme on le fait avec des petites pièces) afin d’en retirer, une fois le cochon tué et vendu, le “retour sur son investissement”.


On le voit, il y a là un lien naturel vers la tirelire utilisée comme pédagogie de la bonne gestion. Très vite, celle-ci est donc considérée comme un jouet éducatif destiné à développer le sens de l'économie et de l'épargne aux enfants.


Au XIXème siècle : l’âge d’or des tirelires.


Il est donc logique que la tirelire et toute sa symbolique économique se développe fortement au siècle de la révolution industrielle et économique.
Le XIX eme siècle est l'âge d'or des tirelires et les formes se diversifient: maisons, meubles, objets de la vie quotidienne, personnages et animaux exotiques.

On va alors chercher d’autres évocations, toujours chez les animaux. L'ours, symbole de prévoyance, accumule de la graisse pour l'hiver. L'éléphant apporte puissance et richesse à son propriétaire


Au paradis des collectionneurs


Début XX eme siècle les tirelires deviennent des articles d'exportation ou on les achète comme souvenir de voyage. Elles comportent des scènes typiquement régionales (bretonnes, cornemuses, tête de marin,..) ou deviennent simplement publicitaires. Les grands événements, telle la guerre de 1914, inspirent aussi les créateurs. Dans les années 30 la bande dessinée envahit l'Europe. Onnaing et Desvres, entre-autre, s'inspirent de Walt-Disney.

A la moitié du siècle les tirelires s'inspirent de plus en plus des innovations industrielles : avions, paquebots, voitures, postes de TSF et de télévision. Ces objets sont fabriqués en grandes séries. Ainsi la tradition se maintient, car les prix sont abordables.



Résultat : on offre encore aujourd’hui des tirelires aux enfants.


La tradition se perpétue




En faisant cela, en les choisissant, notamment, parmi celles proposées sur cette page, on offre ainsi, on le voit, un objet à la symbolique forte.

Il ne s’agit pas au fond uniquement d’offrir quelque chose qui se situe entre le jeu et le plaisir de la collection. On offre en fait un objet qui vient du fond des âges et porte avec lui des symboles qui vont bien au-delà de ceux de la bonne fortune.

C’est la vie elle-même que l’on célèbre avec cet objet. La vie, l’échange et l’éducation au juste prix des choses.

 
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