Offrir une timbale pour un baptême : le sens de cette tradition
lundi 27 août 2018


timbale

Timbale ou gobelet : depuis l'antiquité

Depuis l'Antiquité, on a bu dans des gobelets. Ce furent les premiers récipients fabriqués par l’Homme. Le gobelet succéda définitivement à la corne d’animal, la coque de fruit et à la coupe de terre cuite et de métal utilisés par ailleurs jusque vers l’an mille environ.

Sa forme droite en tronc de cône renversé dura jusqu’à la fin du XVIIe siècle puis devint plus élégante avec une forme de tulipe et l'insertion de métaux précieux.
C'est au début du XVIIIe siècle que le gobelet perd de son importance au profit de la timbale fabriquée en étain et en argent. Elle est moins haute, elle dispose d'une petite anse en forme d’anneau, et dès le début, sa décoration est personnalisée. On lui doit son nom de l'instrument de musique homonyme dont elle imite un peu la forme.
Les orfèvres vont ensuite décorer ces timbales, puis ils vont les personnaliser. Ces timbales seront en grande partie produites à Paris. C'est en effet alors dans le quartier du Marais que les orfèvres s'installent et développent leur activité. Ce quartier est déjà l'endroit où la noblesse achète ses bijoux et les autres objets d'argent massifs. Il devient vite celui où le roi choisit ses fournisseurs attitrés.
Au XIXème siècle, la bourgeoise achète de plus en plus de produits de luxe et les grandes maisons d'orfèvrerie, dont Aubry-Cadoret, développent leur savoir-faire et popularisent leur art.
Tout ceci contribuera au succès de la tradition d'offrir une timbale. Mais pas seulement. Il y a aussi de simples considérations pratiques.

La timbale ou l'art de boire


Lorsque l'objet timbale se popularise et remplace le gobelet, la plupart des timbales sont en étain, moins cher que l'argent. Au début du XVIIIème siècle, on ne boit pas tous les jours dans une timbale en argent, même dans les milieux privilégiés.
Il ne faut pas oublier qu'alors, l'eau est le vecteur de toutes les maladies. On évite d'en boire. On se désaltère avec du vin, très fortement coupé.

Dans les inventaires des notaires lors des héritages, souvent on ne trouve qu'une seule tasse ou timbale en argent, visiblement conservée pour les grandes occasions. C'est encore une preuve que l'objet est important chez le plus grand nombre, sa version en argent reste d'un usage exceptionnel.
Sauf peut-être, chez les jeunes officiers qui, lorsqu'ils sont enrôlés dans l'armée partent, pour leur part, avec dans leur paquetage un rond de serviette et une timbale, avec leur nom gravé. Les plus fortunés sortent de celui-ci une timbale d'argent, là où les autres ne peuvent pas.
Là encore, on associe précautions dans le fait de boire et marque de distinction sociale.

On le voit, la timbale n'est pas n'importe quel objet. Il accompagne la vie du baptisé chaque fois qu'il devra se désaltérer de l'enfance à la vie adulte, en passant par la vie militaire.
Ces objets d’orfèvrerie sont donc offerts clairement comme un objet de valeur à transmettre ensuite en héritage, de génération en génération et d’un enfant à l’autre. On choisit si possible de les faire graver pour marquer d’une pierre blanche la date d’anniversaire ou de baptême de l’enfant.

La timbale objet de valeur dans les villages


La preuve de la forte symbolique de la timbale est aussi à trouver dans la tradition des mâts de cocagne. Ce jeu villageois consistait à planter des mâts enduits de savon que les candidats devaient grimper pour y attraper les cadeaux accrochés à un large cerceau tout en haut.
Bien sûr, au début, on y accrochait moult victuailles. Avec le temps, le cerceau fut remplacé par une timbale d'argent que l'on échangeait ensuite contre un prix. Celle-ci devenait donc un objet très convoité. C'est de cette tradition qu'est née l'expression "décrocher la timbale", dont on trouve les premières traces dès 1877.

La tradition d'offrir une timbale

Cette tradition d'offrir lors du baptême une timbale achetée auprès des meilleurs orfèvres s'est donc perpétuée d'abord dans les familles nobles, puis dans la bourgeoisie. Il n'y avait d'ailleurs pas que la timbale. Le parrain offrait aussi souvent une cuillère en argent à son(sa) filleul(le) à l'occasion de son baptême, toujours avec la même intention de marquer que l'enfant était issu d'un milieu aisé. "Naître avec une cuiller d'argent dans la bouche" est une expression qui nous est restée de cette pratique. Elle résume la chance d'être né dans une famille pouvant garantir une vie meilleure.

Notez qu'il n'y a là, avec les articles d'orfèvrerie, aucune connotation religieuse. Simplement une façon symbolique de donner toutes ses chances à l'enfant. Il est donc tout à fait possible d'offrir une timbale, un coquetier ou des couverts en argent à l'occasion d'un baptême civil. L'objet en soi n'est pas symbolique. Il doit être pratique, relever d'un usage courant et comporter de l'argent.
Voilà donc pourquoi, de nos jours, offrir une timbale à son(sa) filleul(e) est un cadeau particulièrement fort. C'est un message consistant à transmettre quelque chose de l'ordre du statut de la famille, une forme d'héritage symbolique. Et c'est offrir un objet d'orfèvrerie, représentant d'un savoir-faire qui a accompagné l'évolution des usages dans l'art de manger et boire avec distinction.
On trouvera une très belle sélection de timbales pour le baptême sur cette page de notre site.


 
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